Et si Berlin était en train de devenir la première ville végane du monde? Qu'en advient-il de la fameuse currywurst? Les mentalités changent-elles vraiment?

J’avais entendu parler de Berlin comme une ville précurseuse en matière de développement durable, en passe de devenir la ville verte exemplaire européenne d’ici 2020. L’élevage, bovin ou porcin est l’un des premiers postes de production de gaz à effet de serre, consommant des tonnes de céréales et d’eau. Donc du coup, à Berlin, on veut montrer l’exemple. Avec 9% de sa population végétarienne, des projets de fermes urbaines hipster et l’augmentation du nombre de pistes cyclables (Berlin est la ville d’Allemagne avec le plus faible ratio de voitures par habitant), Berlin semble se développer en phase avec ce que la génération des Millenials recherchent ; originalité, expérience et retour à un style de vie plus proche de la nature (peace and love, man).

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Personnellement, j’adore Berlin. Une ville multicolore, chargée d’histoire, jeune et vieille à la fois, partagée entre une histoire sombre et difficile, et un avenir qui se veut plus tolérant et dans la mémoire de cette fracture qui a un jour ruiné la vie de tant de gens. Une ville qui veut se souvenir de sa cicatrice et qui cherche à écrire une nouvelle histoire, durable, pleine d’espoir. Alors quand Denis et moi avions décidé de retourner à Berlin, j’étais vraiment excitée. J’avais entendu dire que la ville avait été proclamée « capitale mondiale des végétariens » donc j’étais curieuse de voir ça de mes propres yeux et qui plus est, je n’y avais pas mis les pieds depuis plusieurs années.

 

Premier choc pour moi, à l’arrivée à l’aéroport de Berlin, pas vraiment de poubelles de recyclage et de nombreuses offres de « curry wurst » cette fameuse saucisse de porc berlinoise saupoudrée de curry et marinant dans le ketchup. Pas vraiment « écoresponsable » mais bon après tout ce n’était que l’aéroport, donc je n’y prête pas plus attention.

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Depuis l’aéroport, vous aurez besoin de prendre le train ou plutôt le métro « S-bahn » qui vous amènera en centre-ville. Toutes les compagnies de train, métro et tram de Berlin appartiennent à la DB (Deutsche Bahn) qui est aussi la première entreprise ferroviaire d’Europe ! Et la DB a une politique de réduction d’émissions de gaz à effet de serre plutôt classique. Une réduction de 30% de ses émissions d’ici à 2020. C’est bien, mais loin de la NS, compagnie ferroviaire hollandaise, certes plus modeste, mais qui n’utilise que des énergies renouvelables pour alimenter ses trains. On peut dire que des efforts sont encore à fournir pour être qualifiée d' »exemplaire ».

Nous restions dans la zone du zoo de Berlin, à l’hôtel Hollywood Media que je ne vous conseille pas. Cher, personnel peu serviable mais bien situé, proche du métro et dans un quartier très agréable. Aux alentours, pas mal de restaurants et notamment des restaurants végétariens et végans, comme un peu partout dans la ville ceci dit, qui compte près de 400 établissements du même type ! Nous n’avons évidemment pas pu tout essayé. Mais en suivant les indications de Happy Cow, nous avons dîné à Vaust, une excellente microbrasserie végane et bio, The Bowl, un restaurant spécialisé dans le clean eating et le végan tout aussi bon, et Daluma, café hipster bio et avec des « bols » principalement végétaliens.vegan berlin paradis des vegetariens ville des vegetariens

Puis nous avons tenté des restaurants et cafés classiques pour goûter leur options véganes ou végétariennes comme au Tommi’s Burger Joint (super burger végétarien) et au Marjellchen, un restaurant traditionnel berlinois. Un sacré food tour !  Et nous n’avons pas été déçus, toutes les options furent un régal. A part peut être au Marjellchen, dont le plat végétarien choisi, des champignons avec pommes de terre, est resté très basique et un peu écœurant. Mais il est vrai que si vous êtes végan, Berlin est une ville extra avec un grand choix de cuisine. Si l’on considère les 8300 restaurants de la ville, ça nous laisse environ 5% de restaurants végétariens, sans compter les restaurants qui proposent des options véganes ou végétariennes. Pas mal du tout, et effectivement bien mieux que Paris (moins de 2% de restaurants végétariens ou végans).

Alors peut-on parler de paradis du végan ? Pour sûr, on s’en rapproche plus que partout ailleurs en Europe. Mais en toute honnêteté, je ne pense pas que l’on puisse parler de capitale mondiale du végétalisme. En Asie par exemple, vous pourrez manger végétarien ou végan où que vous soyez si vous étudiez un peu à l’avance les plats locaux. Certes, ce n’est pas marqueté aussi bien qu’à Berlin, mais vous aurez le choix et une bonne variété de plats, depuis le Cambodge en passant par le Népal et l’Inde. Et il est dans la culture de ces pays, de ne presque pas consommer de produits laitiers bovins et de ne considérer la viande que comme une commodité « de luxe ». Tandis qu’en Allemagne, le porc reste une commodité de « base ».

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Ben oui, les Allemands, ils adorent le porc, que ce soit dans leur curry wurst ou dans le Lorbass, le porc est à l’honneur. Saviez-vous que l’Allemagne produit 3 fois plus de porcs que la France ? Et en 2015, 59 millions de porcs ont été abattus en Allemagne, faisant du pays le premier producteur porcin européen. Et le second en ce qui concerne l’industrie bovine… Pas top comme chiffres quand on pense aux 400 pauvres petits restaurants végans berlinois. Un petit pois dans un océan de curry wurst. Enfin, il faut bien commencer quelque part et dans le pays de la viande, il y a bien un combat silencieux qui est en train de se réaliser. Un éveil des consciences qui fait plaisir à voir au travers de ces restaurants végans tendances mais aussi au travers de projets tels que les fermes urbaines à Tempelhofer, les initiatives sociétales telles que les bâtiments « bien-être » pour les élevages de porcs, des food tours végans tels que celui de Vegan Food Tours avec Maja et même les décisions politiques de ne plus utiliser de viande lors des dîners officiels ministériels. Mais c’est un combat qui est très loin d’être gagné, les réfractaires au changement sont nombreux en Allemagne ou ailleurs.

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Aujourd’hui Berlin fait de nouveau face à un mur. Evidemment, celui-ci est avant tout culturel. Entre la curry wurst et le tofu. Et toute la ville transpire ce combat acharné entre une population qui veut le changement et l’autre qui s’agrippe aux traditions. Vous le verrez de vos propres yeux, d’un côté une ville propre, qui se veut promotrice de la protection de l’environnement, pionnière allemande du nombre de pistes cyclables par habitant, de l’autre, une ville sale, où le recyclage est quasi nul, dont les déchets jonchent les quais de gare, avec un zoo minuscule et qui pullule de stands de curry wurst, dont la production est très loin d’être sans cruauté.

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